2009-05-13 - Hadopi : le piratage tuait l'industrie du disque... dans les années 80

Portrait de tousdesmoutons

"Le piratage est en train de ruiner l'économie du cinéma", "Avec la lutte contre les copies illégales, c'est la survie de l'industrie du disque qui est en jeu". La culture en danger, les artistes menacés, Jack Lang inquiet... Ces commentaires, qui auraient pu être tenus par les partisans de la loi Hadopi (qui vient d'être adoptée par les députés), datent de trente ans. Au début des années 1980, beaucoup de fins analystes prédisaient la mort de la culture à cause des mises en vente de magnétophones et magnétoscopes à prix abordables et l'apparition du CD. L'histoire est un éternel recommencement...

Dans ce reportage de 1984, trouvé sur le site de l'INA, on parle déjà de "crise" accentuée par le piratage. Même si celui-ci n'était pas encore électronique, les fraudeurs étaient très bien organisés et beaucoup plus difficiles à retrouver. Pour la première fois, la police a mis la main sur un "vaste trafic" de plusieurs milliers de vidéo-cassettes par hasard. Certains découvrent alors ce nouveau phénomène. "Sueurs froides", futur chef d'oeuvre d'Alfred Hitchcock, est disponible en vidéo avant même sa sortie au cinéma. Déjà à l'époque, les majors font planer la menace de la mort de la Culture. Le distributeur René Château estime que la moitié des cassettes vendue ou louées dans un vidéo-club sont piratées. Selon lui, des VHS "se vendent sous le manteau", "dans les bars", "de Paris à Marseille"... Dénonçant une "impunité", René Château "demande que la répression au niveau des pirates soit plus efficace" et que la France s'inspire de l'exemple de Reagan, aux USA. Aujourd'hui, le PDG d'Universal Pascal Nègre érige en exemple les Etats-Unis (qui seraient parvenus à freiner le téléchargement) pour défendre la loi chère à Christine Albanel.
Cette année là, le ministre de la Culture était... Jack Lang. Le socialiste, qui a indiqué qu'il était favorable à la loi Hadopi, était déjà en première ligne sur les copies illicites des cassettes. "Nous avons décidé de mener une action déterminée et impitoyable contre les pirates", clame-t-il. Car la menace serait dramatique: "la piraterie est un vol [...] qui peut ruiner l'économie du cinéma". Une incongruité : le décret Lang, approuvé par le Parlement et la profession, interdit la distribution de cassette d'un film avant une année de projection au cinéma. Dans le projet de loi "Création et Internet", il est prévu au contraire de réduire considérablement les délais entre la sortie d'un film en salle et celle de son DVD pour doper les ventes.

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=DVC840...

Et les artistes, qu'en pensaient-ils ? Malgré les menaces successives dues aux changements de formats d'écoute de leurs oeuvres, les chanteurs ont su s'adapter aux évolutions du marché. La situation était beaucoup plus incertaine pour eux au début de la démocratisation des possibilités d'enregistrement audio. Georges Brassens, idole de Maxime Le Forestier, séparait pourtant très clairement les pirates qui fraudaient pour en faire un commerce et les personnes enregistrant des chansons pour leur plaisir personnel: "Je pense qu’il faut distinguer entre ceux qui copient nos disques sans avoir payer nos patentes et puis le jeune homme qui écoute un disque chez lui parce qu’il n’a pas les moyens de l’acheter et le copie à la radio. Je l’ai fait moi-même ça. Et tout le monde le fait ça" [propos retranscrits sur ecrans.fr]. "Il est difficile d’échapper à tout ça, du fait qu’on a inventé les moyens de reproduire et de copier ce qui passe à la radio et à la télé", ajoutait l'inoubliable auteur de "La mauvaise réputation" en faisant référence à une hypocrisie toujours en vigueur aujourd'hui (avec les ventes de CD et DVD vierges). Il est amusant d'entendre la question du journalisme de TF1 très inquiet pour la disparition des artistes. "En ce qui me concerne, ça ne sera pas très grave parce que mes jours sont un petit peu comptés", ironise le délicieux Brassens. "Mais ça peut être grave pour certains jeunes auteurs", nuance-t-il.

Powered by Drupal - Design by artinet