2009-04-01 - L'année 2009 sera cauchemardesque, selon l'OCDE

Portrait de tousdesmoutons

«Le monde est en proie à une hémorragie économique.» Ce constat, c'est l'OCDE — l'Organisation de coopération et de développement économiques, club des 30 pays les plus riches — qui le dresse. Et risque de faire se dresser le poil sur l'échine des médecins du G20, qui se penche, jeudi à Londres, sur l'état de la planète économique et financière.

Il faut dire que les prévisions de croissance divulguées aujourd'hui par l'OCDE, qui n'a rien d'un repaire de Cassandre, font froid dans le dos. Un paysage à venir jamais vu (sauf pendant la dernière guerre) depuis la Grande dépression. «Il s'agit de la récession la plus profonde et la plus étendue depuis plus de 50 ans», note le rapport. Conséquence de l'effet domino des crises (subprimes, bancaire, financière, économique et social), le produit intérieur brut (PIB) cumulé du club des 30 devrait réduire (se «jivariser» serait plus juste) de 4,3% en 2009.

Pour mesurer l'ampleur du séisme, rappelons que l'OCDE tablait, en novembre, sur une baisse de 0,4%. Le commerce mondial, lui, pourrait plonger de 13% (l'OMC tablait il y a quelques jours sur 9%). Et le chômage, lui, va exploser. 10,1% en zone euro en 2008, 11,7% l'an prochain; 9,1% au Etats-Unis cette année, 10,3 en 2009. «Le chômage doublera quasiment par rapport à son niveau de 2007 dans les pays du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume Uni, France, Italie, Canada, ndlr)», note le rapport.

Certains pays, comme le Japon, vont dès cette année refaire connaissance avec le cauchemar des économistes et des politiques. La déflation. L'antichambre de la dépression généralisée... «L'économie mondiale est en proie à sa récession la plus profonde et la plus synchronisée depuis des décennies», constate Klaus Schmidt-Hebbel, économiste en chef de l'OCDE. Lequel, il y a moins d'un mois, confiait à Libération que «le pire des scénarios est en train de se matérialiser».

On l'interrogeait sur les prévisions du FMI qui évoquait, fin janvier, une récession de 2%.... «On vit des temps extraordinaires, version négative, soufflait-il. Oui, cette crise d’une gravité sans précédent depuis plusieurs générations sera bien plus profonde et plus longue que ce que prévoyait le FMI en janvier, à tous les niveaux.»

La seule petite lueur d'espoir vient de Pékin. La Chine, avec son économie centralisée et son capitalisme maison devrait s'en sortir avec une croissance à 6,3% en 2009.

Pour le reste, les partisans de la décroissance peuvent sourire. La décroissance subie sera un mot tendance en 2009. Et la relance keynésienne massive ? L'OCDE assure que certains pays, comme l'Allemagne, le Canada ou l'Australie, ont encore des marges de manoeuvre budgétaire. Pas la France. Schmidt-Hebbel, très neutre, juge les mesures prises par Paris «appropriées» et «significatives», vu «les ressources fiscales françaises». Et ne «pense pas» que la France puisse lancer un nouveau plan de relance.

Voilà qui risque de faire grincer un peu plus Bercy dont les prévisions de croissance pour 2009 et 2010 s'avèrent loin de la réalité à venir. Dans son dernier collectif budgétaire, le gouvernement a rêvé d'une récession de -1,5% pour cette année et d'un retour de croissance de +1,0% en 2010. Et que prévoit l'OCDE? Une récession de 3,3% cette année et -0,1% en 2010. Un chômage de 9,9% en 2009 et de 10,9% en 2010. Et une explosion du déficit public de 8% du PIB en 2010. A ce stade, ce n'est plus une hémorragie, mais une saignée.

Sources : http://www.liberation.fr/economie/0101559330-l-annee-2009-sera-cauchemar...

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