2009-06-25 - Quand la CGT évacue sans ménagement des sans-papiers

Portrait de tousdesmoutons

Le syndicat a fait appel à des membres de son service d'ordre pour évacuer manu militari des sans-papiers qui occupaient la Bourse du travail, à Paris.

La CGT, éminent syndicat français, engagé dans la défense des droits des travailleurs sans-papiers, n'a pas les mêmes scrupules lorsqu'il s'agit de récupérer ses locaux.

Mercredi, la Bourse du travail de Paris, squattée par un collectif de sans-papiers, depuis des mois, a été évacuée par la force. Une évacuation menée manu militari, à l'aide de matraques et de gaz lacrymogènes, non pas par la police, mais par le service d'ordre de la CGT.

Le syndicat explique qu'il tentait depuis des mois de discuter avec le collectif, qui demande des papiers pour ses membres. «Toutes les propositions» de la CGT et des autres syndicats «pourtant très constructives et d'ordre pratique, ont été refusées par la coordination», explique la centrale. Devant «l'impasse» des pourparlers, la CGT de Paris dit avoir mobilisé dans la matinée «plusieurs dizaines» de militants pour les déloger.

Les syndicalistes ont attendu pour passer à l'action que les membres du collectif, qui occupent la Bourse du travail depuis 14 mois, sortent pour aller manifester place du Châtelet. Selon les récits des témoins, ces militants, dont certains «le crâne rasé», le bras ceint d'un brassard orange, ont alors marché sur la Bourse du travail, armés de bâtons, de bonbonnes de gaz lacrymogène et de masques de protection.

«On y va !»

Selon les témoins de la scène, cités dans un reportage de Libération, les gros bras de la CGT ont lancé un «on y va !» avant de se précipiter dans le bâtiment, qu'ils ont noyé sous les gaz lacrymogènes, obligeant les quelques personnes restées sur place à sortir. Les témoins évoquent des vitres brisées, des chaises lancées et d'autres violences.

D'après le collectif, les sans-papiers ont résisté à leur évacuation, le temps d'obtenir une «négociation», menée avec la médiation de la mairie de Paris, propriétaire de la Bourse du travail. «Les derniers occupants ont négocié la possibilité de récupérer leurs affaires personnelles. Ils ont sans doute eu peur d'une intervention policière», explique un syndicaliste.

Au final, la police est intervenue dix minutes plus tard, surtout pour empêcher les sans-papiers de revenir dans le bâtiment. La préfecture de police de Paris d'ailleurs précisé que «la police, présente à proximité (des lieux) pour encadrer une manifestation a assisté à l'intervention de personnes de la CGT à la Bourse du travail sans intervenir».

Dans un communiqué, la Coordination nationale des sans-papiers dénonce «un grave dérapage du syndicalisme français». «Nous disons que l'impuissance du syndicalisme à lutter pour la satisfaction des revendications des travailleurs est la cause véritable de cette fuite en avant raciste contre la fraction la plus précaire du monde du travail».

La CGT, elle, estime que «cette pression insensée sur le mouvement syndical, et la CGT en particulier, ne pouvait durer. C'est pourquoi, les syndicats CGT de Paris ont décidé d'y mettre fin avec la certitude d'avoir tout tenté par le dialogue».

Depuis mercredi soir, les sans-papiers ont installé un campement devant la Bourse du travail, sous l'oeil de policiers. Jeudi, ils ont reçu le soutien des Verts, selon lesquels la CGT a eu recours à «une violence injustifiable».

Sources : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/06/25/01016-20090625ARTFIG0...

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