2009-04-28 - Diversité : "Il y a beaucoup de paroles mais pas d'actes"

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Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) demande un projet de loi autorisant les enquêtes sur le ressenti d'appartenance et la création d'une "agence entreprendre et employer dans la diversité".

Quels enseignements tirez-vous de ce sondage ?

Patrick Lozès, président du CRAN : Cela fait trois ans que nous demandons des statistiques précises sur le taux de chômage des minorités visibles. On nous répond que le pays n'est pas prêt. Or ce sondage montre que l'opinion est prête ! Elle l'est dans son écrasante majorité, et ce dans l'ensemble des partis.

Désormais, nous attendons un projet de loi autorisant les enquêtes sur le ressenti d'appartenance, et ainsi de voir si la sincérité du président est réelle. Les Français ont bien compris que les minorités visibles ne réclament pas un avantage, mais demandent simplement que les difficultés qu'elles rencontrent soient reconnues et prises en compte. Notre sondage clôt le débat sur la mesure.

Tout le monde est d'accord pour développer des enquêtes sur le ressenti d'appartenance : le Conseil constitutionnel, la commission Veil [chargée par Nicolas Sarkozy de rédiger un nouveau préambule de la Constitution], le PS [des députés socialistes ont déposé une proposition de loi sur le sujet] et maintenant l'opinion. Il ne reste plus qu'au gouvernement à agir.

Cela fait deux ans que le président a été élu, deux ans qu'il nous promet des statistiques, deux ans qu'il y a un débat. Aujourd'hui, il est légitime d'avoir plus qu'un doute sur sa sincérité. Quand je vais à l'étranger, on me parle du volontarisme du président en faveur des minorités visibles, mais je doute. Depuis deux ans, il y a beaucoup de paroles, de promesses, mais pas vraiment d'actes.

En quoi le fait de disposer de statistiques peut-il faire évoluer la situation ?

Nous n'avons jamais demandé des chiffres pour des chiffres. Nous avons justement voulu ce sondage pour dépasser la question de la mesure. Il faut que l'on sorte de ce débat stérile. Car nous n'avançons pas. Les minorités visibles sont créatrices de valeurs, de richesses, d'emplois, et elles le seront plus quand les difficultés qu'elles rencontrent seront connues et prises en compte.

La question des discriminations n'est pas simplement morale, elle est aussi économique. Les difficultés que rencontrent les minorités méritent des réponses économiques. C'est ainsi que les choses avanceront.

Il faut mobiliser la diversité pour qu'elle participe au développement du pays. Il est temps de valoriser ses compétences, ses diplômes, ses connaissances linguistiques, plutôt que de la laisser partir enrichir les entreprises étrangères.

Que proposez-vous concrètement aujourd'hui ?

Nous demandons au gouvernement de créer une "Agence entreprendre et employer dans la diversité", à destination des populations issues de la diversité comme de l'ensemble des jeunes issus des zones d'éducation prioritaires, mais aussi des managers qui veulent promouvoir la diversité dans leur entreprise. Je présenterai ce projet à la ministre de l'économie, Christine Lagarde, dès jeudi.

La vocation d'une telle agence est de favoriser une meilleure information sur les dispositifs existant en matière de formation, d'insertion dans l'emploi, de création d'entreprise. Il s'agit aussi d'offrir un accompagnement des personnes dans leur parcours, de favoriser l'échange d'expériences, de valoriser toutes les initiatives prises en matière de créations d'activités et de management de la diversité dans les entreprises.

Aux Etats-Unis, une telle agence existe depuis des années et elle a un impact formidable. Encore une fois, les minorités visibles ne demandent aucun avantage, elles demandent simplement à pleinement participer au développement de leur pays et pour cela que leurs difficultés soient évaluées et prises en compte. Ce sondage montre qu'elles veulent participer à l'essor économique de ce pays : 49 ,% d'entre elles disent avoir déjà envisagé de créer leur entreprise.

Les initiatives en matière de diversité restent prioritaires en temps de crise. Dans le combat contre la crise, il faut fédérer toutes les couches de la population dans leur ensemble. Il est temps que le gouvernement ne laisse pas passer l'occasion.

Propos recueillis par Laetitia Van Eeckhout

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